J'ai été fort surprise lors de ma lecture du Portrait de Dorian Gray, je n'ai pas lu le livre que je m'attendais à lire. Et ce fût une énorme déception. Le portrait de Dorian Gray, c'est certes l'histoire d'un jeune homme débauché dont les traits ne portent jamais la trace des méfaits et du vieillissement qui ternissent son âme ; c'est son portrait qui ramasse tout.

Un petit tour du côté de la quatrième de couverture :
""Que c'est triste! Je vais devenir vieux, horrible et épouvantable. Mais ce portrait, lui, demeurera toujours jeune. (...) Si seulement c'était moi qui devais rester éternellement jeune et le portrait qui devait vieillir ! Pour cela, je donnerais tout ! (...) Je donnerais mon âme !" Toute l'intrigue de l'unique roman d'Oscar Wilde est en germe dans ce voeu aux accents de pacte faustien. Dorénavant, Dorian Gray ne vieillira plus : c'est son portrait qui portera les stigmates de son âge, de ses vices et de ses crimes.
En 1890, lorsque paraît "Le portrait de Dorian Gray", les adjectifs ruisellent sous la plume des critiques pour crier à l'immoralité : lascif, pernicieux, répugnant, empoisonné, le livre respire une atmosphère "chargée des odeurs méphitiques de la putréfaction morale et spirituelle". Mais pour Wilde, la qualité du style est le seul critère pour juger d'une oeuvre : "Il n'existe pas de livre moral ou immoral. Les livres sont bien ou mal écrits. Voilà tout."
Et pourtant à ce moment là, j'étais toujours excitée à l'idée de commencer ce roman !
Mon excitation à pris une tournure bien différente dès la préface du livre. Ensuite, j'ai vraiment du me forcer à continuer et finir ma lecture, j'ai même sauté plusieurs passage, et ce, souvent lors des longues discussions, débats, etc. de Lord Henry. Et pourtant, je m'attendais à une petite merveille, je m'attendais à le dévorer, à ADORER ce livre. Je peux vous assurer que ma déception n'en fut pas des moindres ! Une écriture bien trop soutenue, bien trop lourde, des débats trop poussés, trop étoffés, tous les éléments sont là, pour les personnes comme moi qui n'aime pas les longs débats philosophiques, pour vous donner des vertiges et pire encore : la nausée.
J'ai ADORE le film. Le roman, je le HAIS !

(Image extraite du film d'Oliver Parker : "Le portrait de Dorian Gray")
Pas trop de longue discussion philosophique, ou en tous cas moins longue et moins barbantes. Et un acteur bien choisi : BEN BARNES (bien qu'il ne soit pas du tout comme décrit dans le roman), un jeune homme au visage d'une beauté virginale à vous faire frémir.
Au niveau de l'histoire, pas mal de petits détails ont été modifiés par le réalisateur et le scénariste. Ainsi, le meurtre de Basil n'est plus camouflé par Dorian et l'alchimiste, mais uniquement pas l'assassin qui jette son corps dans la Tamise après l'avoir découpé en petits morceaux. Petite modification à propos de la séparation entre Dorian et Sybil : ce n'est plus la piètre performance théâtrale de Sybil qui fait honte à Dorian et le pousse à rompre mais l'influence de Lord Henry (qui est contre le mariage, les enfants, etc.) qui va le pousser à se séparer d'elle. Un autre détail qui me semble important : dans le film Lord Henry ne découvre pas l'existence de Dorian via le tableau de Basil mais en le rencontrant dans une soirée mondaine. Dans le film, on ne parle pas du livre (de Huysmans) que prête Lord Henry à Dorian et qui va fortement influencer les actes du jeune homme.
C'est un film qui m'a littéralement retournée. Il m'a éblouie et je l'ai adoré... pour le dire simplement. Mais pourquoi ce film nous est-il arrivé directement en DVD ? En effet, en dehors de son pays d'origine, le film d'Oliver Parker passe par la petite porte. C'est vraiment dommage surtout quand on voit ce que peut nous apporter et faire ressentir ce film qui a réussi à sublimer un roman trop lourd à lire, alors qu'à côté de cela, on voit sortir en salle dans le monde entier des films sans fond, sans vraie narration, basés uniquement sur leurs effets spéciaux qui valent des millions de dollars.
Vous m'en direz des nouvelles !
Touky
-WILDE Oscar, Le portrait de Dorian Gray, GF Flammarion, Paris, 1995.
Ah la la... les déceptions livresques sont parfois terribles ! Pour ma part, j'ai suivi le cheminement inverse, j'ai lu le livre (il y a quelques années maintenant...) et j'ai été véritablement sidérée. Je trouvais l'idée extraordinaire, la langue puissante et souveraine, les personnages doucement démoniaques. Lorsque j'ai vu le film, même si j'ai été un peu déçue (c'est rarement le cas contraire pour des adaptations), j'ai toutefois apprécié le jeu des acteurs et les partis pris du film. Un bon film quoi! N'as-tu pas apprécié la perversité avec laquelle le récit piège son personnage ? C'est cela qui m'a le plus fasciné je crois...
RépondreSupprimer